Archive | août, 2013

Kim Jong-un aurait dégagé sa belle-mère

30 Août

Le jeune leader de la Corée du Nord cherche à installer son pouvoir en forçant la vieille garde de son père à prendre la retraite, d’après Radio Free Asia. Parmi les anciens cadres figurent sa propre belle-mère, Kim Ok, qui était la 3e maitresse de son père Kim Jong-Il. Kim Jong-un est le fils de Ko Yong-hui, la 1e maitresse (aujourd’hui regardée comme « Très Respectée »).

Kim Ok servait principalement de secrétaire à Kim Jong-il. Elle aurait effectué deux tentatives de suicide depuis la mort de son conjoint le 17 décembre 2011.

Ce grand mouvement de purge s’inscrit dans le cadre de la phase de transition et de l’installation du nouveau leader[i]. Les résistances sont nombreuses dans un pays tiraillé entre la puissance de l’armée et du Parti.

Kim Ok, à gauche, lors d’une réception en Chine


[i] http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/07/03/2013070300745.html Kim Jong-il’s Widow ‘Purged’, Chosun Ilbo, 03/09/2013

Kim Jong-un continue de purger les dirigeants militaires

30 Août

Kim Jong-un continue de purger les dirigeants militaires

Après avoir fait exécuter son ancienne petite amie, Kim Jong-un continue de renforcer son pouvoir en évacuant les éléments gênants ou qui ne lui doivent pas leurs fonctions. C’est ainsi que Kim Kyok-sik, qui était Ministre de la Défense de 2011 jusqu’en mai 2013, a progressivement disparu de la liste des dirigeants nord-coréens qui assistent aux cérémonies officielles.

C’est un officiel sud-coréen qui a informé le quotidien Chosun Ilbo de ces manœuvres politiques[i]. Les analystes pensent que Kim Kyok-sik serait remplacé par Ri Yong-gil, un autre cadre de l’armée. En effet, ce dernier a été vu avec quatre étoiles à son uniforme lors d’une cérémonie, alors qu’il en détenait habituellement trois.

Kim Kyok-sik

Kim Kyok-sik, âgé de 75 ans, avait été nommé par le père de l’actuel dirigeant. Il s’était illustré lors du coulage de la corvette Cheonan et du bombardement de l’île Yeonpyeng à la fin 2010. Il démontrait donc une stratégie particulièrement belliqueuse.

D’après de nombreux experts, la figure de Kim Kyok-sik représentait l’image belliqueuse de la direction nord-coréenne, fidèle à la doctrine du « Songun » (l’armée d’abord). Kim Jong-un a décidé de mettre l’accent sur les réformes économiques afin de bâtir un « géant économique ».


[i] http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/08/30/2013083000841.html N.Korea Fires Hawkish Army Chief, Chosun Ilbo, 30/08/2013

 

Pierre-François Olivier sur France Inter (22/08/2013)

23 Août

Vous avez peut-être écouté dans la matinale de France Inter le réalisateur et journaliste Pierre-François Olivier qui était interviewé jeudi 22 août par Raphaëlle Mentoux et qui parlait, évidemment, de la Corée du Nord.

Sinon, c’est là : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=703006

Le journaliste qui a déjà réalisé un documentaire en 2003 a tourné un nouveau film pour Arte qui devrait sortir en novembre 2013. Il montre qu’un certain nombre de choses que l’on croit ne fonctionne pas à la réalité. Par exemple, l’idée répandue selon laquelle le pays est dirigé par des fous. Le régime a une « rationalité » et  discours agressifs sont une forme de propagande et de communication, a une efficacité. La Corée du Nord étant un petit pays sans argent ni pétrole et avec très peu d’alliés, il s’agit d’une forme de stratégie et de tactique efficace.

Vérifier une info est pour le journaliste extrêmement compliqué. Il  y a désormais énormément de sources avec beaucoup plus de chercheurs qui travaillent sur le pays et la présence d’Associated Press à Pyongyang.

Il retient de ses entretiens avec les officiels nord-coréens que le pays se voit toujours ne guerre et se sent menacé. Parce qu’il n’y a pas eu de traité de paix avec le Sud et avec les Etats-Unis, le Nord se voit comme la Corée libre et que le Sud est occupé par les Etats-Unis. Se maintient donc en état de veille permanente.

La modernité saute aux yeux du journaliste. Il voit une nouvelle classe moyenne qui émerge.

NB : sur le site de France Inter, il est indiqué qu’en juillet dernier le pays fêtait ses soixante ans. La Corée du Nord fête en réalité la fin de la guerre de 1950-1953, elle a été fondée en 1948.

Un pécheur sud-coréen kidnappé en 1972 parvient à s’échapper

23 Août

Chun Wook-Pyo (Yonhap)

Chun Wook-pyo, un pécheur sud-coréen de 68 ans détenu en Corée du Nord depuis 41 ans, est parvenu à s’échapper ce mois-ci.

Le pécheur faisait partie d’un équipage de 25 personnes de deux chalutiers (Odaeyang 61 et 62) qui avaient été araisonnés par la Corée du Nord le 28 décembre 1971[1].

Une photographie de lui avait été révélée en 2005 par l’Assemblée des familles enlevées par la Corée du Nord[2], une association faisant du lobbying auprès du gouvernement sud-coréen pour libérer les personnes détenues au Nord.

Chun Wook-pyo a réussi à s’échapper en traversant la rivière Yalu au nord-ouest du pays. On sait pour l’instant peu de choses de son itinéraire, si ce n’est qu’il serait dan sun pays en développement. Les services diplomatiques souhaitent rester discrets sur sa localisation.

Il a écrit à la présidente de Corée du Sud Park Geun-hye pour l’informer de sa situation et demander son rapatriement en Corée du Sud. Il devrait rentrer chez lui d’ici la fin du mois.

Les transfuges nord-coréens

Depuis 1953, on estime le nombre de transfuges (les personnes s’étant échappés du Nord) à entre 100.000 et 300.000 personnes. Seuls 25.000 sont en Corée du Sud, la plupart restant en Chine ou en Russie.

No Kum-sok (Wikimedia Commons)

Le plus célèbre transfuge est No Kum-Sok, un lieutenant de l’aviation nord-coréenne qui s’est échappé avec son avion le 21 septembre 1953 et atterrissant en Corée du Sud. Son appareil n’avait heureusement pas été détecté car le radar américain était en maintenance. Devenu un ingénieur aéronautique aux Etats-Unis, il a aujourd’hui 81 ans.

Les transfuges souffrent de deux menaces. En Corée du Nord, l’Etat exerce des pressions sur les familles des transfuges, allant jusqu’à exécuter les proches. A l’étranger, et en particulier en Chine, ceux-ci sont victimes de trafic humain. 70% des Nord-Coréens échappés en Chine sont des femmes et arrivent sans le sou et désorientées[3]. La Chine renvoie désormais quasiment systématiquement les réfugiés en Corée du Nord[4]. Les personnes suspectées d’avoir aidé ces « migrants économiques illégaux » encourent de lourdes amendes et des peines de prison.

Traditionnellement, les personnes fuyant la Corée du Nord passaient par la Mandchourie chinoise, puis tentaient de regagner la Corée du Sud. Désormais, de nombreuses personnes passent par la Mongolie intérieure chinoise, très peu peuplée pour échapper aux forces de police, pour transiter par l’Asie du Sud-Est.

 


[1] http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/08/23/2013082301246.html “S. Korean escapes N. Korea 41 Years After Abduction” Chosun Ilbo, 23/08/2013

[2] http://www.dailynk.com/english/read.php?cataId=nk00300&num=301 « The Government Must Protect Personal Security of Choi Sung Yong », Daily NK, 05/10/2005

[3] Haggard, Stephen (December 2006). The North Korean Refugee Crisis: Human Rights and International Response (PDF). U.S. Committee for Human Rights in North Korea.

[4] http://www.koreatimes.co.kr/www/news/nation/2012/02/116_105148.html Kim Young-jin “Repatriation of 24 NK defectors in China imminent”, Korea Times, 17/02/2012

Deux Corées plutôt qu’une – 2e partie : la Guerre de Corée

22 Août

Important : cet article met principalement en lumière le rôle des Etats-Unis et de l’Union soviétique dans le déclenchement de la guerre ainsi que dans son cours. Il s’agit là d’un parti pris, puisque la Guerre de Corée est certes un conflit pris dans la guerre froide et le jeu USA-URSS, mais est avant toute une guerre civile entre deux pouvoirs politiques opposés d’une même nation.

La libération et la marche vers la Guerre de Corée

En attendant de trouver une issue politique au statut de la Corée, les armées américaines et soviétiques administrent leurs zones d’occupation :

–          l’armée américaine crée le Gouvernement militaire de l’armée des Etats-Unis en Corée (« United States Army Military Government in Korea »)[1], couvrant la Corée du Sud. Les Etats-Unis reprennent le même gouvernement colonial japonais. Le Sud est alors largement agricole et souffre des destructions de la guerre.

–          dans le Nord, des comités populaires sont créés un peu partout et unis dans le « Comité pour la préparation de l’indépendance coréenne ». communistes gagnent peu à peu les positions-clés des rouages politiques du Nord. L’Union soviétique crée l’Autorité civile soviétique pour centraliser le pouvoir. Celle-ci est abolie en février 1946 et peu après est créé le Comité populaire provisoire de la Corée du Nord, dont le dirigeant est Kim Il-Sung.

Tandis que les Coréens tentent d’organiser leurs propres gouvernements, les Etats-Unis et l’Union soviétique ne parviennent à se mettre d’accord sur des élections nationales coréennes.

Syngham Rhee, premier président de la Corée du Sud

La République de Corée est proclamée le 15 août 1948 au Sud par Syngman Rhee, qui en devient le premier président. Elle reprend le drapeau du gouvernement provisoire exilé à Shanghaï pendant la guerre.

La République démocratique populaire de Corée est fondée le 9 septembre 1948, avec Kim Il-Sung qui en devient premier ministre. Il sera le chef du pays jusqu’en 1994.

 

Une guerre civile prise dans la Guerre froide

Dès les proclamations des deux républiques, les armées s’engagent dans des escarmouches le long de la frontière, tandis que les communistes sont réprimés par Syngman Rhee au Sud.

Le régime du Nord reçoit des armes et de l’aide militaire de la part de l’Union soviétique[2]. Des experts militaires préparent une stratégie d’attaque : attaquer la péninsule d’Ongjin puis démarrer une « contre-attaque » pour capturer Séoul, proche de la frontière Nord-Sud. Staline donne son approbation à Kim, sous réserve de l’appui de la Chine communiste de Mao.

Les renseignements américain et sud-coréen observent évidemment le Nord, toutefois ils interprètent les manouvres militaires comme « défensives », tout en envisageant l’imminence de l’attaque de la part du Nord.

Comme le montre Henry Kissinger[3], les Américains se sont fait surprendre par les défauts dans la stratégie d’endiguement (containment) : le pivot était pour eux l’Europe et ils n’avaient donc pas inclus la péninsule dans la zone à protéger, a contrario du Japon et de Taïwan (selon la ligne définie par Douglas MacArthur). Un double malentendu naquit :

–          les communistes ne pensaient pas que les Américains refuseraient de céder l’extrémité réduite de la péninsule de Corée

–          les Américains n’envisageaient, au début de la guerre froide, qu’une agression communiste mondiale à l’instar de ce qu’avait pu être les guerres mondiales. L’intervention en Corée se justifiait moins par l’importance stratégique que par la symbolique de reculer devant une agression du bloc soviétique

Le 25 juin 1950, les armées de Corée du Nord franchissent la frontière. La guerre de Corée commence.

Le démarrage de la guerre est un immense débat en Corée, afin de déterminer qui a commencé la guerre. Le Nord maintient que ce sont les troupes du Sud qui l’a provoqué, et vice-versa.

Les phases de la Guerre de Corée: 1- juin à septembre 1950. 2- septembre à novembre 1950. 3- octobre décembre 1950. 4- janvier juillet 1951

Les phases de la guerre peuvent être résumées ainsi :

–          juin 1950 à septembre 1950 : offensive du Nord qui envahit quasiment toute la péninsule

–          septembre 1950 à novembre 1950 : entrée des Nations Unies en guerre qui regagnent à leur tour quasiment toute la péninsule. Il s’agit en réalité d’une coalition des pays occidentaux dirigée par les Etats-Unis, dont la France (sur 3.421 hommes du bataillon français, 270 périrent[4])

–          25 octobre 1950 à décembre 1950 : entrée de la Chine en guerre dans le cadre de  l’ « Armée des Volontaires du Peuple »[5]. Les communistes repoussent les forces occidentales et sud-coréennes au-delà du 38e parallèle.

–          Janvier 1951 à avril 1951 : offensive des Nations unies dite « opération tonnerre » (Operation Thunderbolt). Le 11 avril, MacArthur est démis de ses fonctions de Commandant suprême en Corée

–          De juillet 1951 à juillet 1953, la guerre de Corée devient une guerre des tranchées où les positions changent très peu. Des pourparlers de paix sont engagés sans succès.

Le 38e parallèle et la ligne de démarcation de 1953

Le 27 juillet 1953, les deux Corées signent l’armistice, délimitant notamment la Zone démilitarisée (Demilitarized Zone ou DMZ). Elle forme une zone tampon de 4 km de large et 248 km de long. La ligne de démarcation militaire constitue donc la frontière de facto entre les deux Corées. Elle est située à peu près aux alentours du 38e parallèle.

Un traité de paix n’a toujours pas été signé entre les deux Corées.

 


[1] Andrea Matles Savada and William Shaw, editors. South Korea: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1990.

[2] Pour en savoir plus sur l’aide reçue par la Corée du Nord, le dossier de presse du gouvernement australien http://korean-war.commemoration.gov.au/armed-forces-in-korea/north-korea-china-ussr.php

[3] Henry Kissinger, Diplomatie, Fayard, 1994

[5] Voir l’excellent site de propagande chinois commémorant la guerre de Corée, et le comparer avec le site australien ci-dessus. http://www.china.org.cn/e-America/actives/actives.htm

Deux Corées plutôt qu’une – 1ère partie

22 Août

Personne n’ignore la division de la Corée en deux, mais nombreux sont ceux qui ne connaissent pas les circonstances et les tenants de cette division. Bonjour Pyongyang va s’employer à effectuer une brève piqûre de rappel.

De l’Empire coréen à la colonie japonaise

Les empires europeéns se partagent la Chine
Affiche du Petit Journal, 1898

Les tensions politiques internes à la Corée mènent à un coup d’Etat qui échoue en 1884 et accentue l’influence de la dynastie chinoise Qing sur la péninsule, avec des garnisons chinoises qui y stationnent. Toutefois à la suite de la guerre sino-japonaise qui s’achève en 1895, la Chine reconnaît la pleine indépendance de la Corée qui jusqu’alors avait des rapports similaires aux liens féodaux.

En 1897, le royaume de Joseon[2] devient empire et entame une modernisation rapide. Mais en 1905, les Japonais forcent la main des dirigeants coréens et signent le traité d’Eulsa, qui place la Corée sous protectorat japonais. Le Japon cherche à formaliser sa sphère d’influence en Asie de l’Est.

En 1909, An Jung-geun, un militant indépendantiste coréen, assassine Ito Hirobumi, résident-général japonais en Corée. Les Japonais interdisent toutes les organisations politiques, et en 1910, annexent la Corée[3]. La Corée devient un territoire de l’empire du Japon[4]. Le nationalisme coréen se mêle au fort sentiment anti-japonais.

L’occupation japonaise

En 1919, un gouvernement en exil de la Corée est créé à Shanghaï. Tout au long des années 1910 et 1920, des manifestations et émeutes anti-japonaises secouent le pays. En représailles, le Japon accentue sa répression, avec le renforcement de la loi militaire en 1931. Le shinto devient religion obligatoire, la langue coréenne est supprimée de l’enseignement. Les traditions et la culture coréennes sont fortement réprimées par les Japonais.

En 1931, le Japon envahit la Mandchourie voisine. Des dizaines de milliers de Coréens sont enrôlés dans l’armée impériale tandis que les femmes sont forcées à la prostitution en tant que « femmes de confort » pour les soldats.

Le Japon déclare une nouvelle fois la guerre à la Chine le 7 juillet 1937, manquant le démarrage de la Seconde guerre mondiale en Asie. Des millions de Coréens[5] doivent travailler dans l’archipel du Japon.

Le Japon recule dès le début de 1943. L’intervention américaine sur le front pacifique fait peu à peu perdre la guerre à l’armée impériale, et les bombes atomiques des 6 et 9 août 1945, le Japon est à bout de souffle.

Le 38e parallèle

Au 9 août 1945, la Corée est toujours contrôlée par les troupes japonaises. C’est le jour où les Soviétiques démarrent l’invasion de la Mandchourie, qui a notamment pour objectif d’encercler les troupes japonaises.

Le 38e parallèle divisant la Corée de 1945 à la guerre

Le 10 août 1945, deux jeunes officiers américains, Charles Bonesteel et Dean Rusk, doivent définir une zone d’occupation américaine pour la Corée. Complètement impréparés et travaillant dans l’urgence, ils choisissent le 38e parallèle car il sépare grosso modo le pays en deux et laisse Séoul la capitale d’alors dans la zone sud sous contrôle américain[6]. Il s’agit donc d’une ligne parfaitement droite et donc artificielle. Les Soviétiques acceptent cette ligne et démarrent alors l’offensive contre les Japonais[7].

A la fin du mois d’août les troupes de l’offensive ne parviennent toutefois pas à entrer très loin en Corée : au sud de la rivière Yalu (frontière entre la Corée et la Chine), il est difficile de ravitailler les troupes même par voie aérienne. Les troupes déjà en Corée contrôlaient déjà le territoire du nord de la Corée. Les troupes soviétiques s’arrêtent, comme convenu avec les Américains, au 38e parallèle.

Douglas MacArthur

Le Japon capitule le 2 septembre 1945. Le général MacArthur, commandant suprême des forces alliées en Pacifique, déclare dans l’ordre général n°1 (General Order No. 1[8]) que les troupes japonaises au nord du 38e parallèle se rendront aux forces soviétiques, tandis que celles au sud se rendront aux Américains. Ce qui entraîne de facto la création de deux zones d’occupation.

 

 

 


[1] https://plone.unige.ch/art-adr/cases-affaires/affaire-manuscrits-coreens-2013-france-et-coree-du-sud-1 Dossier de l’Université de Genève concernant les manuscrits coréens « ramenés » en France et restitués en 2011

[2] Qui donna son nom à la Corée moderne, cf. l’article de Bonjour Pyongyang sur le nom de la Corée

[3] http://en.wikisource.org/wiki/Japan-Korea_Annexation_Treaty Traité d’annexion de 1910 (en anglais et en français)

[4] http://www.jstor.org/stable/2186806 The Annexation of Korea to Japan, The American Journal of International Law , Vol. 4, No. 4 (Oct., 1910), pp. 923-925

[5] Le nombre exact fait l’objet de conflits mais il s’agit de l’ordre de grandeur

[6] Captive of the Cold War: The Decision to Divide Korea at the 38th Parallel, James I. Matray, Pacific Historical Review, Vol. 50, No. 2 (May, 1981), pp. 145-168

[7] il s’agissait d’une ligne de démarcation choisie par le Japon en 1896 qui informa la Russie d’une éventuelle séparation de la Corée passant sous la coupe des deux empires (le Japon ayant battu la Russie en 1905, l’idée passa à la trappe). Staline souhaitait en outre maintenir de bonnes relations avec Truman sur la question du Japon.

Comment on dit « Corée » en coréen?

20 Août

Les deux Corées, toujours en guerre depuis 1953, ne se disputent au moins pas sur un point : le nom de leur pays. En effet, le mot « Corée » et ses correspondances dans de nombreuses langues (Korea en anglais, Корея en russe et des mots similaires dans quasiment toutes les langues romanes, germaniques et slaves) n’est pas utilisé sur la péninsule coréenne. L’Etat coréen a eu différents noms au cours de son histoire.

Il faut d’abord préciser qu’en langue coréenne, les mots ont une écriture en hanja, c’est-à-dire en caractères chinois traditionnels (la Corée les employa tout au long de cette histoire), et en hangul, les caractères coréens reflétant la prononciation mais pas le sens. Ainsi Pyongyang s’écrit 平壤 en hanja et평양 en hangul.

North-Korea-flag« Le pays du matin calme » est la Corée du Nord

La République démocratique populaire de Corée se désigne조선민주주의인민공화국; Chosŏn Minjujuŭi Inmin KonghwagukChoson (조선) désigne la Corée.

Le mot Choson (hanja : 朝鮮 hangul : 조선) est le nom du royaume coréen depuis ses origines mythiques jusqu’en -109. Il s’agit aussi de la dynastie Joseon qui gouverna la Corée de 1392 à 1897. Il signifie littéralement « matin calme », d’où le surnom de la Corée.

South-Korea -flagLe pays « Han » pour la Corée du Sud

La République de Corée se nomme 대한민국, Daehan Minguk où Hanguk (한국) désigne la Corée.

Le mot « Han » (hanja : 韓, hangul : ) est  un mot signifiant « grand » ou « leader ». Le mot « Guk » (國, 국) signifie pays. Il n’a rien à voir avec le mot chinois « han » qui s’écrit 漢 ou 汉 et qui désigne l’ethnie majoritaire chinoise. En 1897, en réaction à l’impérialisme japonais, la Corée devient empire et choisit le mot Han pour se désigner. Le gouvernement en exil de Corée pendant la Seconde Guerre mondiale se nommera à partir du mot Han.

Et Corée ?

Il vient de « Goryeo », dont les écritures en hanja sont multiples et qui désigne le principal royaume coréen de -37 à 668, ainsi que le royaume ayant existé de 918 à 1392. Marco Polo mentionne la Corée d’un nom dérivé dans ses mémoires. Les langues d’Occident ont depuis repris et gardé ce terme.

Le Nord, Choson et le Sud Hanguk ne se disputent donc pas sur le monopole de leurs noms en coréens. En revanche, la bataille pour le mot « Korea » est évidemment âpre, chacune se revendiquant comme la seule et unique Corée.

Comment lire la Corée du Nord ?

20 Août

 La question est évidente pour celui qui regarde la Corée du Nord : comment avoir des informations sur le pays, et comment croire ce qui est dit par les agences officielles nord-coréennes ?

La réponse est simple : il faut s’armer de méfiance et diversifier les sources d’informations.

Les sources nord-coréennes

L’agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) est la seule source émanant de Corée du Nord à destination des journalistes. Elle émet quotidiennement des dépêches sur tous les sujets, en anglais et en coréen et occasionnellement en espagnol et japonais. Comme indiqué dans une dépêche de 1964, son but est de présenter des informations « en accord avec les idées et les intentions du grand camarade Kim Il-Sung […] et d’incarner pleinement l’esprit du Parti des travailleurs »[1]. Il va donc de soi que les informations sont largement filtrées et arrangées.

L’agence ne présente donc d’intérêt que lorsque les informations sont de simples faits comme l’ouverture d’infrastructures (lorsqu’elles sont accompagnées de photos) ou de déclarations relatives à la politique étrangère.

L’analyse des dépêches de KCNA est un exercice d’analyse de la Corée du Nord en lui-même, comme en a témoigné l’exemple des photos sur la sortie du smartphone nord-coréen Arirang. KCNA tend cependant à reporter de plus en plus souvent les catastrophes naturelles tels que les inondations meurtrières.

Un article plus long sera consacré à la webosphère nord-coréenne.

Les journaux sud-coréens

La démocratisation de la Corée du Sud, pleinement engagée dans les années 1980, a atteint un degré remarquable aujourd’hui. Le pays est classé 50e au classement de la liberté de la presse par Reports sans frontières en 2013[2]. La France est pour information classée 37e et la Corée du Nord avant-dernière.

Toutefois, le nationalisme et l’anti-communisme qui ont longtemps marqué et marquent encore parfois le débat politique sud-coréen invitent au recul quant à la véracité et à la tonalité de la presse sud-coréenne

Les journaux sud-coréens en anglais sont nombreux, on compte parmi eux :

–          Le Korea Times

–          Le Korea Herald, fondée

–          Le Chosun Ilbo, journal conservateur pour lequel prudence doit être gardé

–          Le Hankyoreh, journal de centre-gauche soutenant une politique d’ouverture et de dialogue vis-à-vis du Nord ; critique de la politique américaine dans la région

Les publications internationales

On peut généralement compter sur les grands titres internationaux respectables tels que le New York Times ou le Guardian. Ceux-ci s’appuient souvent sur des journalistes de qualité ainsi que sur les dépêches des agences de presse tels que Reuters, Associated Press ou notre chère Agence France-Presse.

Notons en particulier Radio Free Asia qui possède de nombreuses sources d’information au Nord.

A noter que le style journalistique anglo-saxon est radicalement différent du style « latin », puisqu’il distingue très clairement le factuel de l’opinion dans la présentation des journaux, bien que la distinction tend à s’estomper du fait du sensationnalisme[3].

Les déserteurs

Les Nord-Coréens passés au Sud ou en Occident constituent des sources privilégiées d’information. Ils écrivent souvent des livres avec des chercheurs ou des écrivains pour donner un acompte précis et personnel de la vie en Corée du Nord.

Les articles scientifiques et publications d’organisations internationales

Enfin, l’une des sources premières d’information demeure les recherches des sciences sociales et des organismes internationaux tels que l’ONU ou la FIDH, pour lesquels les chiffres sont les moins réfutables possibles.

Il existe donc une abondance de sources pour comprendre la Corée du Nord, même si le décryptage et le déliage du faux et du vrai est un exercice permanent.

Qu’est-ce que la Corée du Nord? 3- Géographie humaine

20 Août

La Corée est, à l’instar du Japon, un des pays les plus homogènes ethniquement du monde. On compte seulement un petit millier de Japonais venus à la fin de la guerre de Corée, 50 000 Chinois et une minorité vietnamienne. Les Coréens forment d’ailleurs une importante population des provinces chinoises frontalières. Au Sud, on compte 97,11% de Coréens ethniques[1]. Les étrangers sont essentiellement des Chinois (dont une partie de Coréens chinois), Américains, Vietnamiens et Japonais.

Un Nord montagneux

24 millions de personnes se répartissent essentiellement dans les plaines. Les provinces les plus peuplées sont celles des Pyongan du Nord et du Sud, de Pyongyang et du Hamgyong du Sud – c’est-à-dire l’ouest du pays, l’est étant montagneux.
En 1987, 59.6% de la population est urbaine ; contre 17.7% en 1953.

Le Sud urbain

Les 50 millions de Sud-Coréens sont très largement urbains. Séoul concentre 23.6% de la population nationale. Les provinces du sud-est qui comptent de nombreuses villes portuaires sont elles aussi très peuplées.

 

80 millions de Coréens

On compte environ 80 millions de Coréens dans le monde :

–          50M vivent en Corée du Sud

–          24M vivent en Corée du Nord

–          2,3M vivent en Chine, où ils forment l’une des 56 ethnicités reconnues par le gouvernement chinois. Ils habitent en majorité près de la frontière coréenne

–          2,1M vivent aux Etats-Unis

–          2,4M vivent ailleurs dans le monde, dont environ 14.000 en France (parmi lesquels la ministre déléguée Fleur Pellerin)

Les études génétiques menées sur les Coréens ont montré qu’il s’agit d’un peuple ayant une longue histoire d’endogamie le distinguant des peuples voisins[2]. La langue coréenne est considérée par les linguistes comme une langue isolée, rattachée à la famille altaïque incluant les langues turques, mongoles et japonaises (bien que celle-ci pose également des problèmes de définition).

Historiquement, les migrations au sein de la péninsule étaient rares. Les populations coréennes ont développé de forts régionalismes. C’est ainsi qu’une rivalité importante existe entre les régions du Honam (sud-est) et du Yeongnam (sud-ouest) en Corée du Sud, qui structure toujours les rapports sociaux et parfois les élections[3].


[2] http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00414-010-0501-1  Y chromosome homogeneity in the Korean population, International Journal of Legal Medicine, Volume 124, Issue 6, pp 653-657

[3] http://www.koreatimes.co.kr/www/news/opinon/2013/06/220_16389.html Andy Jackson, New Regionalism in Korea, The Korea Times 2007-12-30

Qu’est-ce que la Corée du Nord? 2- Géographie

19 Août

La péninsule coréenne

La péninsule coréenne abritant les Corées du Nord et du Sud se situe dans l’Asie du Nord-Est. Ses frontières sont naturelles.

Elle est bordée :

–          Au nord par les rivières Yalu et Tumen. Les deux rivières partent du mont Paekdy et se jettent respectivement dans la mer de Chine et dans la mer du Japon. Elles créent une frontière naturelle à la péninsule

–          A l’ouest par la mer Jaune (nommée « mer de l’Ouest » par la Corée)

–          Au Sud par la mer de Chine orientale (nommée « mer du Sud » par la Corée du Sud)

–          A l’est par la mer du Japon (nommée « mer de l’Est » par la Corée du Sud et « mer orientale de Corée » par le Nord)

La Corée et ses voisins (Crédits : Wikimédia Commons)

La toponymie des mers entourant la Corée fait déjà, on le voit, l’objet de nombreux contentieux. Elle a donné lieu à de nombreux couacs diplomatiques entre les Corées et leurs partenaires. Comme on le voit sur la carte de la Corée du site du Ministère des Affaires étrangères français, la France ne se « mouille » pas quant à ce désaccord.

 

Les voisins

La Corée possède trois voisins qui ont influé sur son histoire et constituent l’environnement difficile dans lequel elle évolue toujours :

– la Chine, au nord, qui menaça longtemps la Corée

– le Japon, de l’autre côté de la mer du Japon, qui envahit et colonisa la péninsule à la fin du XIXe siècle

– la Russie, qui bien que n’ayant pas de frontière commune avec la Corée, influença l’histoire de la péninsule au temps de la Guerre froide

Ajoutons également Taiwan (la véritable « République de Chine »), qui bien que très éloigné de la Corée, est un pivot essentiel pour comprendre l’histoire de toute l’Asie de l’Est

Carte géographique de Corée (Crédits : vidiani.com)

La péninsule coréenne possède 3579 îles et ilots proches de la Corée.

Elle est située entre les 34ème et 43ème parallèles, avec la frontière autour du 38ème parallèle. Cela correspond plus ou moins aux latitudes du nord et du sud de la Mer méditerranée.

La péninsule est très montagneuse. Les chaînes de montagnes sont essentiellement au nord-est. Le point culminant de la Corée est le mont Paektu à 2.744 mètres.

Le Mont Paektu (Crédits : skyscrapercity.com)

Le Nord et le froid sibérien

Le Nord connaît un climat continental tempéré à quatre saisons. A Pyongyang, il fait entre -3°C et -17°C en janvier. Le pays connaît des hivers secs et froids et des étés chauds. La partie nord subit les vents froids soufflant de Sibérie. L’été, la Corée du Nord subit régulièrement des inondations. En août 2012, 88 personnes sont décédés suite aux tempêtes tropicales.

Le Sud et les moussons

De par sa plus grande exposition aux phénomènes météorologiques maritimes, le Sud est aussi sensible à la mousson de l’Asie de l’Est. Son climat est tempéré avec quatre saisons. A Séoul, il fait -5°C en moyenne en janvier et les températures grimpent jusqu’à 25°C en été. Les précipitations permettent de soutenir l’agriculture. Quelques typhons sont à signaler chaque année.

La Corée sous la neige en 2010 (Crédits : NASA)