Archive | Corée du Nord 101 RSS feed for this section

Deux Corées plutôt qu’une – 2e partie : la Guerre de Corée

22 Août

Important : cet article met principalement en lumière le rôle des Etats-Unis et de l’Union soviétique dans le déclenchement de la guerre ainsi que dans son cours. Il s’agit là d’un parti pris, puisque la Guerre de Corée est certes un conflit pris dans la guerre froide et le jeu USA-URSS, mais est avant toute une guerre civile entre deux pouvoirs politiques opposés d’une même nation.

La libération et la marche vers la Guerre de Corée

En attendant de trouver une issue politique au statut de la Corée, les armées américaines et soviétiques administrent leurs zones d’occupation :

–          l’armée américaine crée le Gouvernement militaire de l’armée des Etats-Unis en Corée (« United States Army Military Government in Korea »)[1], couvrant la Corée du Sud. Les Etats-Unis reprennent le même gouvernement colonial japonais. Le Sud est alors largement agricole et souffre des destructions de la guerre.

–          dans le Nord, des comités populaires sont créés un peu partout et unis dans le « Comité pour la préparation de l’indépendance coréenne ». communistes gagnent peu à peu les positions-clés des rouages politiques du Nord. L’Union soviétique crée l’Autorité civile soviétique pour centraliser le pouvoir. Celle-ci est abolie en février 1946 et peu après est créé le Comité populaire provisoire de la Corée du Nord, dont le dirigeant est Kim Il-Sung.

Tandis que les Coréens tentent d’organiser leurs propres gouvernements, les Etats-Unis et l’Union soviétique ne parviennent à se mettre d’accord sur des élections nationales coréennes.

Syngham Rhee, premier président de la Corée du Sud

La République de Corée est proclamée le 15 août 1948 au Sud par Syngman Rhee, qui en devient le premier président. Elle reprend le drapeau du gouvernement provisoire exilé à Shanghaï pendant la guerre.

La République démocratique populaire de Corée est fondée le 9 septembre 1948, avec Kim Il-Sung qui en devient premier ministre. Il sera le chef du pays jusqu’en 1994.

 

Une guerre civile prise dans la Guerre froide

Dès les proclamations des deux républiques, les armées s’engagent dans des escarmouches le long de la frontière, tandis que les communistes sont réprimés par Syngman Rhee au Sud.

Le régime du Nord reçoit des armes et de l’aide militaire de la part de l’Union soviétique[2]. Des experts militaires préparent une stratégie d’attaque : attaquer la péninsule d’Ongjin puis démarrer une « contre-attaque » pour capturer Séoul, proche de la frontière Nord-Sud. Staline donne son approbation à Kim, sous réserve de l’appui de la Chine communiste de Mao.

Les renseignements américain et sud-coréen observent évidemment le Nord, toutefois ils interprètent les manouvres militaires comme « défensives », tout en envisageant l’imminence de l’attaque de la part du Nord.

Comme le montre Henry Kissinger[3], les Américains se sont fait surprendre par les défauts dans la stratégie d’endiguement (containment) : le pivot était pour eux l’Europe et ils n’avaient donc pas inclus la péninsule dans la zone à protéger, a contrario du Japon et de Taïwan (selon la ligne définie par Douglas MacArthur). Un double malentendu naquit :

–          les communistes ne pensaient pas que les Américains refuseraient de céder l’extrémité réduite de la péninsule de Corée

–          les Américains n’envisageaient, au début de la guerre froide, qu’une agression communiste mondiale à l’instar de ce qu’avait pu être les guerres mondiales. L’intervention en Corée se justifiait moins par l’importance stratégique que par la symbolique de reculer devant une agression du bloc soviétique

Le 25 juin 1950, les armées de Corée du Nord franchissent la frontière. La guerre de Corée commence.

Le démarrage de la guerre est un immense débat en Corée, afin de déterminer qui a commencé la guerre. Le Nord maintient que ce sont les troupes du Sud qui l’a provoqué, et vice-versa.

Les phases de la Guerre de Corée: 1- juin à septembre 1950. 2- septembre à novembre 1950. 3- octobre décembre 1950. 4- janvier juillet 1951

Les phases de la guerre peuvent être résumées ainsi :

–          juin 1950 à septembre 1950 : offensive du Nord qui envahit quasiment toute la péninsule

–          septembre 1950 à novembre 1950 : entrée des Nations Unies en guerre qui regagnent à leur tour quasiment toute la péninsule. Il s’agit en réalité d’une coalition des pays occidentaux dirigée par les Etats-Unis, dont la France (sur 3.421 hommes du bataillon français, 270 périrent[4])

–          25 octobre 1950 à décembre 1950 : entrée de la Chine en guerre dans le cadre de  l’ « Armée des Volontaires du Peuple »[5]. Les communistes repoussent les forces occidentales et sud-coréennes au-delà du 38e parallèle.

–          Janvier 1951 à avril 1951 : offensive des Nations unies dite « opération tonnerre » (Operation Thunderbolt). Le 11 avril, MacArthur est démis de ses fonctions de Commandant suprême en Corée

–          De juillet 1951 à juillet 1953, la guerre de Corée devient une guerre des tranchées où les positions changent très peu. Des pourparlers de paix sont engagés sans succès.

Le 38e parallèle et la ligne de démarcation de 1953

Le 27 juillet 1953, les deux Corées signent l’armistice, délimitant notamment la Zone démilitarisée (Demilitarized Zone ou DMZ). Elle forme une zone tampon de 4 km de large et 248 km de long. La ligne de démarcation militaire constitue donc la frontière de facto entre les deux Corées. Elle est située à peu près aux alentours du 38e parallèle.

Un traité de paix n’a toujours pas été signé entre les deux Corées.

 


[1] Andrea Matles Savada and William Shaw, editors. South Korea: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1990.

[2] Pour en savoir plus sur l’aide reçue par la Corée du Nord, le dossier de presse du gouvernement australien http://korean-war.commemoration.gov.au/armed-forces-in-korea/north-korea-china-ussr.php

[3] Henry Kissinger, Diplomatie, Fayard, 1994

[5] Voir l’excellent site de propagande chinois commémorant la guerre de Corée, et le comparer avec le site australien ci-dessus. http://www.china.org.cn/e-America/actives/actives.htm

Publicités

Comment lire la Corée du Nord ?

20 Août

 La question est évidente pour celui qui regarde la Corée du Nord : comment avoir des informations sur le pays, et comment croire ce qui est dit par les agences officielles nord-coréennes ?

La réponse est simple : il faut s’armer de méfiance et diversifier les sources d’informations.

Les sources nord-coréennes

L’agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) est la seule source émanant de Corée du Nord à destination des journalistes. Elle émet quotidiennement des dépêches sur tous les sujets, en anglais et en coréen et occasionnellement en espagnol et japonais. Comme indiqué dans une dépêche de 1964, son but est de présenter des informations « en accord avec les idées et les intentions du grand camarade Kim Il-Sung […] et d’incarner pleinement l’esprit du Parti des travailleurs »[1]. Il va donc de soi que les informations sont largement filtrées et arrangées.

L’agence ne présente donc d’intérêt que lorsque les informations sont de simples faits comme l’ouverture d’infrastructures (lorsqu’elles sont accompagnées de photos) ou de déclarations relatives à la politique étrangère.

L’analyse des dépêches de KCNA est un exercice d’analyse de la Corée du Nord en lui-même, comme en a témoigné l’exemple des photos sur la sortie du smartphone nord-coréen Arirang. KCNA tend cependant à reporter de plus en plus souvent les catastrophes naturelles tels que les inondations meurtrières.

Un article plus long sera consacré à la webosphère nord-coréenne.

Les journaux sud-coréens

La démocratisation de la Corée du Sud, pleinement engagée dans les années 1980, a atteint un degré remarquable aujourd’hui. Le pays est classé 50e au classement de la liberté de la presse par Reports sans frontières en 2013[2]. La France est pour information classée 37e et la Corée du Nord avant-dernière.

Toutefois, le nationalisme et l’anti-communisme qui ont longtemps marqué et marquent encore parfois le débat politique sud-coréen invitent au recul quant à la véracité et à la tonalité de la presse sud-coréenne

Les journaux sud-coréens en anglais sont nombreux, on compte parmi eux :

–          Le Korea Times

–          Le Korea Herald, fondée

–          Le Chosun Ilbo, journal conservateur pour lequel prudence doit être gardé

–          Le Hankyoreh, journal de centre-gauche soutenant une politique d’ouverture et de dialogue vis-à-vis du Nord ; critique de la politique américaine dans la région

Les publications internationales

On peut généralement compter sur les grands titres internationaux respectables tels que le New York Times ou le Guardian. Ceux-ci s’appuient souvent sur des journalistes de qualité ainsi que sur les dépêches des agences de presse tels que Reuters, Associated Press ou notre chère Agence France-Presse.

Notons en particulier Radio Free Asia qui possède de nombreuses sources d’information au Nord.

A noter que le style journalistique anglo-saxon est radicalement différent du style « latin », puisqu’il distingue très clairement le factuel de l’opinion dans la présentation des journaux, bien que la distinction tend à s’estomper du fait du sensationnalisme[3].

Les déserteurs

Les Nord-Coréens passés au Sud ou en Occident constituent des sources privilégiées d’information. Ils écrivent souvent des livres avec des chercheurs ou des écrivains pour donner un acompte précis et personnel de la vie en Corée du Nord.

Les articles scientifiques et publications d’organisations internationales

Enfin, l’une des sources premières d’information demeure les recherches des sciences sociales et des organismes internationaux tels que l’ONU ou la FIDH, pour lesquels les chiffres sont les moins réfutables possibles.

Il existe donc une abondance de sources pour comprendre la Corée du Nord, même si le décryptage et le déliage du faux et du vrai est un exercice permanent.

Qu’est-ce que la Corée du Nord? 3- Géographie humaine

20 Août

La Corée est, à l’instar du Japon, un des pays les plus homogènes ethniquement du monde. On compte seulement un petit millier de Japonais venus à la fin de la guerre de Corée, 50 000 Chinois et une minorité vietnamienne. Les Coréens forment d’ailleurs une importante population des provinces chinoises frontalières. Au Sud, on compte 97,11% de Coréens ethniques[1]. Les étrangers sont essentiellement des Chinois (dont une partie de Coréens chinois), Américains, Vietnamiens et Japonais.

Un Nord montagneux

24 millions de personnes se répartissent essentiellement dans les plaines. Les provinces les plus peuplées sont celles des Pyongan du Nord et du Sud, de Pyongyang et du Hamgyong du Sud – c’est-à-dire l’ouest du pays, l’est étant montagneux.
En 1987, 59.6% de la population est urbaine ; contre 17.7% en 1953.

Le Sud urbain

Les 50 millions de Sud-Coréens sont très largement urbains. Séoul concentre 23.6% de la population nationale. Les provinces du sud-est qui comptent de nombreuses villes portuaires sont elles aussi très peuplées.

 

80 millions de Coréens

On compte environ 80 millions de Coréens dans le monde :

–          50M vivent en Corée du Sud

–          24M vivent en Corée du Nord

–          2,3M vivent en Chine, où ils forment l’une des 56 ethnicités reconnues par le gouvernement chinois. Ils habitent en majorité près de la frontière coréenne

–          2,1M vivent aux Etats-Unis

–          2,4M vivent ailleurs dans le monde, dont environ 14.000 en France (parmi lesquels la ministre déléguée Fleur Pellerin)

Les études génétiques menées sur les Coréens ont montré qu’il s’agit d’un peuple ayant une longue histoire d’endogamie le distinguant des peuples voisins[2]. La langue coréenne est considérée par les linguistes comme une langue isolée, rattachée à la famille altaïque incluant les langues turques, mongoles et japonaises (bien que celle-ci pose également des problèmes de définition).

Historiquement, les migrations au sein de la péninsule étaient rares. Les populations coréennes ont développé de forts régionalismes. C’est ainsi qu’une rivalité importante existe entre les régions du Honam (sud-est) et du Yeongnam (sud-ouest) en Corée du Sud, qui structure toujours les rapports sociaux et parfois les élections[3].


[2] http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00414-010-0501-1  Y chromosome homogeneity in the Korean population, International Journal of Legal Medicine, Volume 124, Issue 6, pp 653-657

[3] http://www.koreatimes.co.kr/www/news/opinon/2013/06/220_16389.html Andy Jackson, New Regionalism in Korea, The Korea Times 2007-12-30

Qu’est-ce que la Corée du Nord? 2- Géographie

19 Août

La péninsule coréenne

La péninsule coréenne abritant les Corées du Nord et du Sud se situe dans l’Asie du Nord-Est. Ses frontières sont naturelles.

Elle est bordée :

–          Au nord par les rivières Yalu et Tumen. Les deux rivières partent du mont Paekdy et se jettent respectivement dans la mer de Chine et dans la mer du Japon. Elles créent une frontière naturelle à la péninsule

–          A l’ouest par la mer Jaune (nommée « mer de l’Ouest » par la Corée)

–          Au Sud par la mer de Chine orientale (nommée « mer du Sud » par la Corée du Sud)

–          A l’est par la mer du Japon (nommée « mer de l’Est » par la Corée du Sud et « mer orientale de Corée » par le Nord)

La Corée et ses voisins (Crédits : Wikimédia Commons)

La toponymie des mers entourant la Corée fait déjà, on le voit, l’objet de nombreux contentieux. Elle a donné lieu à de nombreux couacs diplomatiques entre les Corées et leurs partenaires. Comme on le voit sur la carte de la Corée du site du Ministère des Affaires étrangères français, la France ne se « mouille » pas quant à ce désaccord.

 

Les voisins

La Corée possède trois voisins qui ont influé sur son histoire et constituent l’environnement difficile dans lequel elle évolue toujours :

– la Chine, au nord, qui menaça longtemps la Corée

– le Japon, de l’autre côté de la mer du Japon, qui envahit et colonisa la péninsule à la fin du XIXe siècle

– la Russie, qui bien que n’ayant pas de frontière commune avec la Corée, influença l’histoire de la péninsule au temps de la Guerre froide

Ajoutons également Taiwan (la véritable « République de Chine »), qui bien que très éloigné de la Corée, est un pivot essentiel pour comprendre l’histoire de toute l’Asie de l’Est

Carte géographique de Corée (Crédits : vidiani.com)

La péninsule coréenne possède 3579 îles et ilots proches de la Corée.

Elle est située entre les 34ème et 43ème parallèles, avec la frontière autour du 38ème parallèle. Cela correspond plus ou moins aux latitudes du nord et du sud de la Mer méditerranée.

La péninsule est très montagneuse. Les chaînes de montagnes sont essentiellement au nord-est. Le point culminant de la Corée est le mont Paektu à 2.744 mètres.

Le Mont Paektu (Crédits : skyscrapercity.com)

Le Nord et le froid sibérien

Le Nord connaît un climat continental tempéré à quatre saisons. A Pyongyang, il fait entre -3°C et -17°C en janvier. Le pays connaît des hivers secs et froids et des étés chauds. La partie nord subit les vents froids soufflant de Sibérie. L’été, la Corée du Nord subit régulièrement des inondations. En août 2012, 88 personnes sont décédés suite aux tempêtes tropicales.

Le Sud et les moussons

De par sa plus grande exposition aux phénomènes météorologiques maritimes, le Sud est aussi sensible à la mousson de l’Asie de l’Est. Son climat est tempéré avec quatre saisons. A Séoul, il fait -5°C en moyenne en janvier et les températures grimpent jusqu’à 25°C en été. Les précipitations permettent de soutenir l’agriculture. Quelques typhons sont à signaler chaque année.

La Corée sous la neige en 2010 (Crédits : NASA)

Qu’est-ce que la Corée du Nord ? 1- Données générales

19 Août

La Corée du Nord intrigue. Au cœur de l’Asie de l’Est, région certainement la plus dynamique du monde, le pays communiste demeure une énigme pour les observateurs étrangers. Considérée comme fermée et empêtrée dans l’idéologie socialiste, le pays semble immobile, inamovible. Toutefois de nombreux signes indiquent une ouverture et une libéralisation économique voulues par ses dirigeants. C’est d’ailleurs l’objet de Bonjour Pyongyang que de décrypter les signes de l’évolution du pays.

Je débute donc une série d’articles consacrés à une présentation générale de la Corée du Nord.

Ce premier article est une présentation purement factuelle du pays, comparée avec le Sud, et ce que pourrait être une Corée unifiée.

Corée du Nord

République démocratique populaire de CoréeNorth-Korea-flag
Corée du Sud

République de CoréeSouth-Korea -flag
Capitale Pyongyang Séoul
Superficie 120,540 km² 100.210 km²
Population 24.544.000 (est. 2011) 50.004.441 (est. 2012)
Densité 198.3 h/km² 491 h/km²
Population urbaine 60.3% (10-2005) 83.2% (10-2005)
IDH 0.733 (157e) 0.909 (12e)
PIB 12 milliards de dollars 1,151 milliards de dollars
PIB/hab 1.800$ 25.051$

Voilà ce que donnerait une Corée unifiée, comparée à la France :

Péninsule coréenne France
Superficie 220.750 km² 551.000 km²
Population 74.000.000 65.350.000 (2012)
Densité 308 h/km² 116 h/km²
Population urbaine 75% 75%
IDH Incalculable 0.893
PIB 1.163 milliards 2,254 milliards de dollars
PIB/hab 15.700$ 35,500 $

A suivre : la géographie de la péninsule coréenne