Deux Corées plutôt qu’une – 1ère partie

22 Août

Personne n’ignore la division de la Corée en deux, mais nombreux sont ceux qui ne connaissent pas les circonstances et les tenants de cette division. Bonjour Pyongyang va s’employer à effectuer une brève piqûre de rappel.

De l’Empire coréen à la colonie japonaise

Les empires europeéns se partagent la Chine
Affiche du Petit Journal, 1898

Les tensions politiques internes à la Corée mènent à un coup d’Etat qui échoue en 1884 et accentue l’influence de la dynastie chinoise Qing sur la péninsule, avec des garnisons chinoises qui y stationnent. Toutefois à la suite de la guerre sino-japonaise qui s’achève en 1895, la Chine reconnaît la pleine indépendance de la Corée qui jusqu’alors avait des rapports similaires aux liens féodaux.

En 1897, le royaume de Joseon[2] devient empire et entame une modernisation rapide. Mais en 1905, les Japonais forcent la main des dirigeants coréens et signent le traité d’Eulsa, qui place la Corée sous protectorat japonais. Le Japon cherche à formaliser sa sphère d’influence en Asie de l’Est.

En 1909, An Jung-geun, un militant indépendantiste coréen, assassine Ito Hirobumi, résident-général japonais en Corée. Les Japonais interdisent toutes les organisations politiques, et en 1910, annexent la Corée[3]. La Corée devient un territoire de l’empire du Japon[4]. Le nationalisme coréen se mêle au fort sentiment anti-japonais.

L’occupation japonaise

En 1919, un gouvernement en exil de la Corée est créé à Shanghaï. Tout au long des années 1910 et 1920, des manifestations et émeutes anti-japonaises secouent le pays. En représailles, le Japon accentue sa répression, avec le renforcement de la loi militaire en 1931. Le shinto devient religion obligatoire, la langue coréenne est supprimée de l’enseignement. Les traditions et la culture coréennes sont fortement réprimées par les Japonais.

En 1931, le Japon envahit la Mandchourie voisine. Des dizaines de milliers de Coréens sont enrôlés dans l’armée impériale tandis que les femmes sont forcées à la prostitution en tant que « femmes de confort » pour les soldats.

Le Japon déclare une nouvelle fois la guerre à la Chine le 7 juillet 1937, manquant le démarrage de la Seconde guerre mondiale en Asie. Des millions de Coréens[5] doivent travailler dans l’archipel du Japon.

Le Japon recule dès le début de 1943. L’intervention américaine sur le front pacifique fait peu à peu perdre la guerre à l’armée impériale, et les bombes atomiques des 6 et 9 août 1945, le Japon est à bout de souffle.

Le 38e parallèle

Au 9 août 1945, la Corée est toujours contrôlée par les troupes japonaises. C’est le jour où les Soviétiques démarrent l’invasion de la Mandchourie, qui a notamment pour objectif d’encercler les troupes japonaises.

Le 38e parallèle divisant la Corée de 1945 à la guerre

Le 10 août 1945, deux jeunes officiers américains, Charles Bonesteel et Dean Rusk, doivent définir une zone d’occupation américaine pour la Corée. Complètement impréparés et travaillant dans l’urgence, ils choisissent le 38e parallèle car il sépare grosso modo le pays en deux et laisse Séoul la capitale d’alors dans la zone sud sous contrôle américain[6]. Il s’agit donc d’une ligne parfaitement droite et donc artificielle. Les Soviétiques acceptent cette ligne et démarrent alors l’offensive contre les Japonais[7].

A la fin du mois d’août les troupes de l’offensive ne parviennent toutefois pas à entrer très loin en Corée : au sud de la rivière Yalu (frontière entre la Corée et la Chine), il est difficile de ravitailler les troupes même par voie aérienne. Les troupes déjà en Corée contrôlaient déjà le territoire du nord de la Corée. Les troupes soviétiques s’arrêtent, comme convenu avec les Américains, au 38e parallèle.

Douglas MacArthur

Le Japon capitule le 2 septembre 1945. Le général MacArthur, commandant suprême des forces alliées en Pacifique, déclare dans l’ordre général n°1 (General Order No. 1[8]) que les troupes japonaises au nord du 38e parallèle se rendront aux forces soviétiques, tandis que celles au sud se rendront aux Américains. Ce qui entraîne de facto la création de deux zones d’occupation.

 

 

 


[1] https://plone.unige.ch/art-adr/cases-affaires/affaire-manuscrits-coreens-2013-france-et-coree-du-sud-1 Dossier de l’Université de Genève concernant les manuscrits coréens « ramenés » en France et restitués en 2011

[2] Qui donna son nom à la Corée moderne, cf. l’article de Bonjour Pyongyang sur le nom de la Corée

[3] http://en.wikisource.org/wiki/Japan-Korea_Annexation_Treaty Traité d’annexion de 1910 (en anglais et en français)

[4] http://www.jstor.org/stable/2186806 The Annexation of Korea to Japan, The American Journal of International Law , Vol. 4, No. 4 (Oct., 1910), pp. 923-925

[5] Le nombre exact fait l’objet de conflits mais il s’agit de l’ordre de grandeur

[6] Captive of the Cold War: The Decision to Divide Korea at the 38th Parallel, James I. Matray, Pacific Historical Review, Vol. 50, No. 2 (May, 1981), pp. 145-168

[7] il s’agissait d’une ligne de démarcation choisie par le Japon en 1896 qui informa la Russie d’une éventuelle séparation de la Corée passant sous la coupe des deux empires (le Japon ayant battu la Russie en 1905, l’idée passa à la trappe). Staline souhaitait en outre maintenir de bonnes relations avec Truman sur la question du Japon.

Comment on dit « Corée » en coréen?

20 Août

Les deux Corées, toujours en guerre depuis 1953, ne se disputent au moins pas sur un point : le nom de leur pays. En effet, le mot « Corée » et ses correspondances dans de nombreuses langues (Korea en anglais, Корея en russe et des mots similaires dans quasiment toutes les langues romanes, germaniques et slaves) n’est pas utilisé sur la péninsule coréenne. L’Etat coréen a eu différents noms au cours de son histoire.

Il faut d’abord préciser qu’en langue coréenne, les mots ont une écriture en hanja, c’est-à-dire en caractères chinois traditionnels (la Corée les employa tout au long de cette histoire), et en hangul, les caractères coréens reflétant la prononciation mais pas le sens. Ainsi Pyongyang s’écrit 平壤 en hanja et평양 en hangul.

North-Korea-flag« Le pays du matin calme » est la Corée du Nord

La République démocratique populaire de Corée se désigne조선민주주의인민공화국; Chosŏn Minjujuŭi Inmin KonghwagukChoson (조선) désigne la Corée.

Le mot Choson (hanja : 朝鮮 hangul : 조선) est le nom du royaume coréen depuis ses origines mythiques jusqu’en -109. Il s’agit aussi de la dynastie Joseon qui gouverna la Corée de 1392 à 1897. Il signifie littéralement « matin calme », d’où le surnom de la Corée.

South-Korea -flagLe pays « Han » pour la Corée du Sud

La République de Corée se nomme 대한민국, Daehan Minguk où Hanguk (한국) désigne la Corée.

Le mot « Han » (hanja : 韓, hangul : ) est  un mot signifiant « grand » ou « leader ». Le mot « Guk » (國, 국) signifie pays. Il n’a rien à voir avec le mot chinois « han » qui s’écrit 漢 ou 汉 et qui désigne l’ethnie majoritaire chinoise. En 1897, en réaction à l’impérialisme japonais, la Corée devient empire et choisit le mot Han pour se désigner. Le gouvernement en exil de Corée pendant la Seconde Guerre mondiale se nommera à partir du mot Han.

Et Corée ?

Il vient de « Goryeo », dont les écritures en hanja sont multiples et qui désigne le principal royaume coréen de -37 à 668, ainsi que le royaume ayant existé de 918 à 1392. Marco Polo mentionne la Corée d’un nom dérivé dans ses mémoires. Les langues d’Occident ont depuis repris et gardé ce terme.

Le Nord, Choson et le Sud Hanguk ne se disputent donc pas sur le monopole de leurs noms en coréens. En revanche, la bataille pour le mot « Korea » est évidemment âpre, chacune se revendiquant comme la seule et unique Corée.

Comment lire la Corée du Nord ?

20 Août

 La question est évidente pour celui qui regarde la Corée du Nord : comment avoir des informations sur le pays, et comment croire ce qui est dit par les agences officielles nord-coréennes ?

La réponse est simple : il faut s’armer de méfiance et diversifier les sources d’informations.

Les sources nord-coréennes

L’agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) est la seule source émanant de Corée du Nord à destination des journalistes. Elle émet quotidiennement des dépêches sur tous les sujets, en anglais et en coréen et occasionnellement en espagnol et japonais. Comme indiqué dans une dépêche de 1964, son but est de présenter des informations « en accord avec les idées et les intentions du grand camarade Kim Il-Sung […] et d’incarner pleinement l’esprit du Parti des travailleurs »[1]. Il va donc de soi que les informations sont largement filtrées et arrangées.

L’agence ne présente donc d’intérêt que lorsque les informations sont de simples faits comme l’ouverture d’infrastructures (lorsqu’elles sont accompagnées de photos) ou de déclarations relatives à la politique étrangère.

L’analyse des dépêches de KCNA est un exercice d’analyse de la Corée du Nord en lui-même, comme en a témoigné l’exemple des photos sur la sortie du smartphone nord-coréen Arirang. KCNA tend cependant à reporter de plus en plus souvent les catastrophes naturelles tels que les inondations meurtrières.

Un article plus long sera consacré à la webosphère nord-coréenne.

Les journaux sud-coréens

La démocratisation de la Corée du Sud, pleinement engagée dans les années 1980, a atteint un degré remarquable aujourd’hui. Le pays est classé 50e au classement de la liberté de la presse par Reports sans frontières en 2013[2]. La France est pour information classée 37e et la Corée du Nord avant-dernière.

Toutefois, le nationalisme et l’anti-communisme qui ont longtemps marqué et marquent encore parfois le débat politique sud-coréen invitent au recul quant à la véracité et à la tonalité de la presse sud-coréenne

Les journaux sud-coréens en anglais sont nombreux, on compte parmi eux :

–          Le Korea Times

–          Le Korea Herald, fondée

–          Le Chosun Ilbo, journal conservateur pour lequel prudence doit être gardé

–          Le Hankyoreh, journal de centre-gauche soutenant une politique d’ouverture et de dialogue vis-à-vis du Nord ; critique de la politique américaine dans la région

Les publications internationales

On peut généralement compter sur les grands titres internationaux respectables tels que le New York Times ou le Guardian. Ceux-ci s’appuient souvent sur des journalistes de qualité ainsi que sur les dépêches des agences de presse tels que Reuters, Associated Press ou notre chère Agence France-Presse.

Notons en particulier Radio Free Asia qui possède de nombreuses sources d’information au Nord.

A noter que le style journalistique anglo-saxon est radicalement différent du style « latin », puisqu’il distingue très clairement le factuel de l’opinion dans la présentation des journaux, bien que la distinction tend à s’estomper du fait du sensationnalisme[3].

Les déserteurs

Les Nord-Coréens passés au Sud ou en Occident constituent des sources privilégiées d’information. Ils écrivent souvent des livres avec des chercheurs ou des écrivains pour donner un acompte précis et personnel de la vie en Corée du Nord.

Les articles scientifiques et publications d’organisations internationales

Enfin, l’une des sources premières d’information demeure les recherches des sciences sociales et des organismes internationaux tels que l’ONU ou la FIDH, pour lesquels les chiffres sont les moins réfutables possibles.

Il existe donc une abondance de sources pour comprendre la Corée du Nord, même si le décryptage et le déliage du faux et du vrai est un exercice permanent.

Qu’est-ce que la Corée du Nord? 3- Géographie humaine

20 Août

La Corée est, à l’instar du Japon, un des pays les plus homogènes ethniquement du monde. On compte seulement un petit millier de Japonais venus à la fin de la guerre de Corée, 50 000 Chinois et une minorité vietnamienne. Les Coréens forment d’ailleurs une importante population des provinces chinoises frontalières. Au Sud, on compte 97,11% de Coréens ethniques[1]. Les étrangers sont essentiellement des Chinois (dont une partie de Coréens chinois), Américains, Vietnamiens et Japonais.

Un Nord montagneux

24 millions de personnes se répartissent essentiellement dans les plaines. Les provinces les plus peuplées sont celles des Pyongan du Nord et du Sud, de Pyongyang et du Hamgyong du Sud – c’est-à-dire l’ouest du pays, l’est étant montagneux.
En 1987, 59.6% de la population est urbaine ; contre 17.7% en 1953.

Le Sud urbain

Les 50 millions de Sud-Coréens sont très largement urbains. Séoul concentre 23.6% de la population nationale. Les provinces du sud-est qui comptent de nombreuses villes portuaires sont elles aussi très peuplées.

 

80 millions de Coréens

On compte environ 80 millions de Coréens dans le monde :

–          50M vivent en Corée du Sud

–          24M vivent en Corée du Nord

–          2,3M vivent en Chine, où ils forment l’une des 56 ethnicités reconnues par le gouvernement chinois. Ils habitent en majorité près de la frontière coréenne

–          2,1M vivent aux Etats-Unis

–          2,4M vivent ailleurs dans le monde, dont environ 14.000 en France (parmi lesquels la ministre déléguée Fleur Pellerin)

Les études génétiques menées sur les Coréens ont montré qu’il s’agit d’un peuple ayant une longue histoire d’endogamie le distinguant des peuples voisins[2]. La langue coréenne est considérée par les linguistes comme une langue isolée, rattachée à la famille altaïque incluant les langues turques, mongoles et japonaises (bien que celle-ci pose également des problèmes de définition).

Historiquement, les migrations au sein de la péninsule étaient rares. Les populations coréennes ont développé de forts régionalismes. C’est ainsi qu’une rivalité importante existe entre les régions du Honam (sud-est) et du Yeongnam (sud-ouest) en Corée du Sud, qui structure toujours les rapports sociaux et parfois les élections[3].


[2] http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00414-010-0501-1  Y chromosome homogeneity in the Korean population, International Journal of Legal Medicine, Volume 124, Issue 6, pp 653-657

[3] http://www.koreatimes.co.kr/www/news/opinon/2013/06/220_16389.html Andy Jackson, New Regionalism in Korea, The Korea Times 2007-12-30

Qu’est-ce que la Corée du Nord? 2- Géographie

19 Août

La péninsule coréenne

La péninsule coréenne abritant les Corées du Nord et du Sud se situe dans l’Asie du Nord-Est. Ses frontières sont naturelles.

Elle est bordée :

–          Au nord par les rivières Yalu et Tumen. Les deux rivières partent du mont Paekdy et se jettent respectivement dans la mer de Chine et dans la mer du Japon. Elles créent une frontière naturelle à la péninsule

–          A l’ouest par la mer Jaune (nommée « mer de l’Ouest » par la Corée)

–          Au Sud par la mer de Chine orientale (nommée « mer du Sud » par la Corée du Sud)

–          A l’est par la mer du Japon (nommée « mer de l’Est » par la Corée du Sud et « mer orientale de Corée » par le Nord)

La Corée et ses voisins (Crédits : Wikimédia Commons)

La toponymie des mers entourant la Corée fait déjà, on le voit, l’objet de nombreux contentieux. Elle a donné lieu à de nombreux couacs diplomatiques entre les Corées et leurs partenaires. Comme on le voit sur la carte de la Corée du site du Ministère des Affaires étrangères français, la France ne se « mouille » pas quant à ce désaccord.

 

Les voisins

La Corée possède trois voisins qui ont influé sur son histoire et constituent l’environnement difficile dans lequel elle évolue toujours :

– la Chine, au nord, qui menaça longtemps la Corée

– le Japon, de l’autre côté de la mer du Japon, qui envahit et colonisa la péninsule à la fin du XIXe siècle

– la Russie, qui bien que n’ayant pas de frontière commune avec la Corée, influença l’histoire de la péninsule au temps de la Guerre froide

Ajoutons également Taiwan (la véritable « République de Chine »), qui bien que très éloigné de la Corée, est un pivot essentiel pour comprendre l’histoire de toute l’Asie de l’Est

Carte géographique de Corée (Crédits : vidiani.com)

La péninsule coréenne possède 3579 îles et ilots proches de la Corée.

Elle est située entre les 34ème et 43ème parallèles, avec la frontière autour du 38ème parallèle. Cela correspond plus ou moins aux latitudes du nord et du sud de la Mer méditerranée.

La péninsule est très montagneuse. Les chaînes de montagnes sont essentiellement au nord-est. Le point culminant de la Corée est le mont Paektu à 2.744 mètres.

Le Mont Paektu (Crédits : skyscrapercity.com)

Le Nord et le froid sibérien

Le Nord connaît un climat continental tempéré à quatre saisons. A Pyongyang, il fait entre -3°C et -17°C en janvier. Le pays connaît des hivers secs et froids et des étés chauds. La partie nord subit les vents froids soufflant de Sibérie. L’été, la Corée du Nord subit régulièrement des inondations. En août 2012, 88 personnes sont décédés suite aux tempêtes tropicales.

Le Sud et les moussons

De par sa plus grande exposition aux phénomènes météorologiques maritimes, le Sud est aussi sensible à la mousson de l’Asie de l’Est. Son climat est tempéré avec quatre saisons. A Séoul, il fait -5°C en moyenne en janvier et les températures grimpent jusqu’à 25°C en été. Les précipitations permettent de soutenir l’agriculture. Quelques typhons sont à signaler chaque année.

La Corée sous la neige en 2010 (Crédits : NASA)

Qu’est-ce que la Corée du Nord ? 1- Données générales

19 Août

La Corée du Nord intrigue. Au cœur de l’Asie de l’Est, région certainement la plus dynamique du monde, le pays communiste demeure une énigme pour les observateurs étrangers. Considérée comme fermée et empêtrée dans l’idéologie socialiste, le pays semble immobile, inamovible. Toutefois de nombreux signes indiquent une ouverture et une libéralisation économique voulues par ses dirigeants. C’est d’ailleurs l’objet de Bonjour Pyongyang que de décrypter les signes de l’évolution du pays.

Je débute donc une série d’articles consacrés à une présentation générale de la Corée du Nord.

Ce premier article est une présentation purement factuelle du pays, comparée avec le Sud, et ce que pourrait être une Corée unifiée.

Corée du Nord

République démocratique populaire de CoréeNorth-Korea-flag
Corée du Sud

République de CoréeSouth-Korea -flag
Capitale Pyongyang Séoul
Superficie 120,540 km² 100.210 km²
Population 24.544.000 (est. 2011) 50.004.441 (est. 2012)
Densité 198.3 h/km² 491 h/km²
Population urbaine 60.3% (10-2005) 83.2% (10-2005)
IDH 0.733 (157e) 0.909 (12e)
PIB 12 milliards de dollars 1,151 milliards de dollars
PIB/hab 1.800$ 25.051$

Voilà ce que donnerait une Corée unifiée, comparée à la France :

Péninsule coréenne France
Superficie 220.750 km² 551.000 km²
Population 74.000.000 65.350.000 (2012)
Densité 308 h/km² 116 h/km²
Population urbaine 75% 75%
IDH Incalculable 0.893
PIB 1.163 milliards 2,254 milliards de dollars
PIB/hab 15.700$ 35,500 $

A suivre : la géographie de la péninsule coréenne

Réunion des familles : le Nord accepte de les reprendre

19 Août

L’agence de presse KCNA a indiqué, dimanche 18 août, que les réunions des familles coréennes séparées par la guerre de Corée qui s’est achevée en 1953 allaient pouvoir reprendre à la suite des futures négociations[1].

Le porte-parole du Comité pour la Réunification pacifique de Corée a déclaré que les récents développements positifs autour de la réouverture du complexe de Kaesong montrait « le désir de tous les Coréens pour la réconciliation, l’unité, la paix et la réunification ».

Les prochaines réunions de familles pourraient  se tenir pour Chuseok, la fête des récoltes tenue à la mi-août. Elles devraient se tenir au Mont Kumgang, dans le sud-est de la Corée du Nord à 50 km du Sud. Des rencontres vidéo pourront être organisées pour le 4 octobre 2013,  date anniversaire du sommet intercoréen de 2007.

Les pourparlers de négociation auront lieu le 22 août 2013 au même mont Kumgang. Toutefois, le Sud a déclaré qu’il souhaitait que ceux-ci aient lieu à Panmunjeom, dans la zone démilitarisée.

Plus de 72000 Sud-Coréens attendent de revoir leurs proches, dont une grande partie a plus de 80 ans.

Les premières réunions avaient eu lieu en 2010. Les dernières s’étaient tenues en 2010[2]. Dans son communiqué de presse, le Nord insiste sur l’initiative qui est la sienne de réunir les familles. C’est évidemment le Nord qui bloque pourtant depuis des années le regroupement des familles.


[1] Communiqué de presse de KCNA (“DPRK Proposes Reunion of Separated Families and Resumption of Tours to Mt. Kumgang”), 18-08-2013

[2] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/10/30/006-corees-reunion-familles.shtml Des familles réunies pour la première fois en 60 ans. Radio Canada, 30-10-2010

La Corée du Nord confirme la transmission héréditaire du pouvoir suprême

18 Août

Le Parti des travailleurs de Corée a modifié ses « dix principles », sorte de dix commandements du parfait citoyen nord-coréen. Les « dix principes pour l’établissement du système d’idéologie unique » ont été élaborés en 1967 et modifiés pour la dernière fois en 1974.

L’article 10 a été modifié pour inclure deux clauses. La première déclare que la lutte pour établir un leadership unique est une bataille « continue ». La clause 2 indique que le Parti et la révolution seront portés « éternellement » par la « lignée de Paektu ».

La lignée de Paektu fait évidemment référence à la famille Kim, dont le second dirigeant Kim Jong-Il serait né sur le mont Paektu, point culminant de la péninsule situé à la frontière chinoise et montagne sacrée pour le peuple coréen.

Une autre modification inclut le Palais du Soleil Kumsusan, mausolée des deux leaders défunts, comme place sacrée pour protéger l’image desdits présidents.

Jusqu’à présent, la succession à la tête de la Corée du Nord se faisait par un mécanisme classique de cooptation, avec l’accession progressive des nouveaux leaders de la famille Kim au pouvoir. L’emprise quasi-totale de Kim Il-Sung puis de Kim Jong-Il sur le système politique garantissait toutefois que leurs fils respectifs (Kim Jong-Il et Kim Jong-Un) deviennent à leur tour dirigeants du pays.

Il n’y a pas à proprement parler de leader officiel ou de Président en Corée. Kim Jong-Un, le leader actuel, est Premier secrétaire du Comité central du Parti des travailleurs, il détient donc le premier rôle comme dans tout régime communiste. Il est également commandant suprême de l’Armée du peuple, président de la commission militaire de défense du Parti et premier président de la commission militaire de la République.

Comme dans les autres pays communistes, les organismes du Parti et de l’Etat (la République) font doublon. C’est ainsi que Kim Jong-Un est président de deux commissions qui font de facto doublon puisque le Parti des travailleurs est présent à tous les rouages de l’Etat.

Kim Il-Sung, mort depuis 1994, est officiellement « Président éternel de la République ». Son fils Kim Jong-Il décédé en 2011 est quant à lui « Secrétaire général éternel du Parti des travailleurs ». Nul doute que la stabilité du pays est ainsi assuré.

Ci-dessous : le texte des « Dix Principes » tel qu’en vigueur de 1974 jusqu’à la réforme de 2013[1]. Il ne contient pas les 65 clauses du texte de 1974.

  1. Nous devons tout donner dans la lutte pour unifier la société entière avec l’idéologie révolutionnaire du Grand Chef Kim Il-Sung.
  2. Nous devons honorer le grand camarade Kim Il-Sung avec toute notre loyauté.
  3. Nous devons rendre l’autorité du grand camarade Kim Il-Sung absolue.
  4. Nous devons faire de l’idéologie révolutionnaire du grand camarade Kim Il-Sung notre foi et faire de ses instructions notre credo
  5. Nous devons respecter strictement le principe d’obéissance inconditionnelle, en réalisant les instructions du grand camarade Kim Il-Sung.
  6. Nous devons renforcer l’ensemble de l’idéologie, la volonté et l’unité révolutionnaire du Parti, en se concentrant sur le grand camarade Kim Il-Sung
  7. Nous devons apprendre des leçons du grand camarade Kim Il-Sung et adopter le style communiste, les méthodes de travail révolutionnaires ainsi que une méthode de travail centrée sur le peuple.
  8. Nous devons valoriser la société que Kim Il-Sung nous a donné, et récompenser loyalement sa grande confiance et sa prévenance à travers une prise de conscience et des compétences politiques accrues.
  9. Nous devons établir des règles organisationnelles fortes afin que l’ensemble du Parti, la Nation et le mouvement militaire soient l’un sous la seule direction du grand camarade Kim Il-Sung.
  10. Nous devons transmettre aux générations à venir la grande réussite de la Révolution de la part du grand camarade Kim Il Sung, l’intégrer puis l’accomplir jusqu’à son terme.

A propos de Bonjour Pyongyang

18 Août

Qu’est-ce que c’est Bonjour Pyongyang ?

–          Bonjour Pyongyang est un site d’informations indépendant sur la République démocratique populaire de Corée. Mêlant actualités, analyses historiques et économiques, il se veut une source de renseignements pour quiconque s’intéresse à ce pays qui suscite tantôt fascination, peur et incompréhension.

–          La création de ce site part du constat du manque sur le web francophone d’informations détaillées sur ce pays. La presse française traite le sujet de façon relativement superficielle et répétitive. C’est pourquoi Bonjour Pyongyang souhaite aller à la source de l’information, à savoir les dépêches de la KCNA (l’agence de presse de Corée du Nord, aussi biaisée soit-elle), ainsi que des grands journaux internationaux et des analystes. L’information est mêlée à de l’analyse et au contexte historique, tout en restant accessible à tous.

–          Ce site est purement indépendant. Il n’a évidemment aucun lien avec le gouvernement de Corée du Nord !

Qui est son auteur ?

Un passionné d’histoire, d’actualité, d’Asie de l’Est et de relations internationales, qui a eu l’opportunité d’aller en Corée du Nord et qui souhaite faire partager sa passion

Ce que ce blog n’est pas :

Bonjour Pyongyang ne fait pas de politique, et encore moins de propagande pour le régime politique de Corée du Nord. La RPDC est évidemment une dictature qui oppresse les Coréens, brimant les libertés de son peuple et coupable de famines ayant décimé la population.

Bonjour Pyongyang part toutefois du constat qu’un pays ne se réduit pas à ses dirigeants, mais que les 24 millions d’habitants de Corée du Nord doivent être compris dans toutes leurs dimensions.

 

Vous pouvez m’écrire à bonjourpyongyang@gmail.com pour tout (commentaires, suggestions, propositions d’articles, lettres coquines…), in English as well, también en español e tambem en portugues se quiserem.

Bonne visite !

Le food court de Hoeryong autorisé à fonctionner librement

17 Août

ef1997f9-2994-4e3a-9679-9897f72aa8c8

 

C’est à Hoeryong, ville natale de la mère du dirigeant défunt Kim Jong-Il, qu’a ouvert en novembre 2010 un genre d’établissement assez inattendu en Corée du Nord : un food court (que le Québécois traduira par « aire de restauration »), à savoir une cafétéria avec divers points de vente reflétant divers types de cuisine. On en trouve dans tous les pays anglo-saxons, mais aussi en Asie de l’Est dans tous les centres commerciaux chinois ou japonais. Il s’agit d’un moyen de restauration populaire et rapide.

C’est pourquoi Kim Jong-Il, qui décida de doter son pays des « produits de haute qualité à des prix raisonnables », a fait créer ce restaurant en 2010[1].

Le restaurant avait dû fermer quelques mois après sa création en raison de problèmes financiers. Les gérants ne pouvaient rendre l’établissement rentable en raison des prix des aliments fixés par l’Etat, trop élevés.

Durant les premiers mois de fonctionnement, les prix étaient subventionnés par le gouvernement. Toutefois l’Etat a retiré ses aides et le restaurant a dû mettre la clef sous la porte.

Pour des nouilles froides (une spécialité coréenne), le prix était fixé à 1.000 wons (environ 0.80 €[2]), puis est passé à 4.000 won. Une bouteille de spiritueux peut s’acheter à 2.000 wons.

Le restaurant a pu rouvrir il y a quelques jours. Une source basée dans la province du Hamgyeong du Nord déclare à Radio Free Asia : « pour atteindre les objectifs du Nouveau Système de Management Economique, les officiels locaux du Parti des travailleurs a autorisé les propriétaires du restaurant de Hoeryong à fonctionner sur un mode autonome »[3].

L’établissement peut désormais lui-même fixer ses prix, en vertu du « Nouveau système de management économique » (New Economic Management System) introduit en 2012. Cette politique vise à abandonner la planification centralisée et la distribution des biens principaux par les pouvoirs publics, tout en maintenant l’accès gratuit à l’éducation et à la santé[4]. Il s’agit d’encourager la coopération entre les différentes forces de production du pays. Aucun objectif temporel n’a été fixé, pour éviter des phénomènes incontrôlables d’inflation excessive.

Ironie nord-coréenne, le food court libéralisé est situé dans la même ville que le camp de rétention n°22, l’un des principaux camps de prisonniers politiques du pays.


[1] http://www.kcna.co.jp/item/2010/201012/news04/20101204-16ee.html Communiqué de presse de l’agence de presse nord-coréenne, 04/12/2010

[2] Ceci ne saurait être pris pour argent comptant, le won nord-coréen n’étant quasiment pas échangé sur les marchés monétaires, est sujet à de très fortes poussées d’inflation et son taux étant fixé par le marché noir. Il s’agit d’une indication très approximative.

[3] http://www.rfa.org/english/news/korea/food-08162013171110.html Special North Korean Food Court Allowed to Operate Independently, rfa.org, 2013-08-16