Tag Archives: arirang

Comment lire la Corée du Nord ?

20 Août

 La question est évidente pour celui qui regarde la Corée du Nord : comment avoir des informations sur le pays, et comment croire ce qui est dit par les agences officielles nord-coréennes ?

La réponse est simple : il faut s’armer de méfiance et diversifier les sources d’informations.

Les sources nord-coréennes

L’agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) est la seule source émanant de Corée du Nord à destination des journalistes. Elle émet quotidiennement des dépêches sur tous les sujets, en anglais et en coréen et occasionnellement en espagnol et japonais. Comme indiqué dans une dépêche de 1964, son but est de présenter des informations « en accord avec les idées et les intentions du grand camarade Kim Il-Sung […] et d’incarner pleinement l’esprit du Parti des travailleurs »[1]. Il va donc de soi que les informations sont largement filtrées et arrangées.

L’agence ne présente donc d’intérêt que lorsque les informations sont de simples faits comme l’ouverture d’infrastructures (lorsqu’elles sont accompagnées de photos) ou de déclarations relatives à la politique étrangère.

L’analyse des dépêches de KCNA est un exercice d’analyse de la Corée du Nord en lui-même, comme en a témoigné l’exemple des photos sur la sortie du smartphone nord-coréen Arirang. KCNA tend cependant à reporter de plus en plus souvent les catastrophes naturelles tels que les inondations meurtrières.

Un article plus long sera consacré à la webosphère nord-coréenne.

Les journaux sud-coréens

La démocratisation de la Corée du Sud, pleinement engagée dans les années 1980, a atteint un degré remarquable aujourd’hui. Le pays est classé 50e au classement de la liberté de la presse par Reports sans frontières en 2013[2]. La France est pour information classée 37e et la Corée du Nord avant-dernière.

Toutefois, le nationalisme et l’anti-communisme qui ont longtemps marqué et marquent encore parfois le débat politique sud-coréen invitent au recul quant à la véracité et à la tonalité de la presse sud-coréenne

Les journaux sud-coréens en anglais sont nombreux, on compte parmi eux :

–          Le Korea Times

–          Le Korea Herald, fondée

–          Le Chosun Ilbo, journal conservateur pour lequel prudence doit être gardé

–          Le Hankyoreh, journal de centre-gauche soutenant une politique d’ouverture et de dialogue vis-à-vis du Nord ; critique de la politique américaine dans la région

Les publications internationales

On peut généralement compter sur les grands titres internationaux respectables tels que le New York Times ou le Guardian. Ceux-ci s’appuient souvent sur des journalistes de qualité ainsi que sur les dépêches des agences de presse tels que Reuters, Associated Press ou notre chère Agence France-Presse.

Notons en particulier Radio Free Asia qui possède de nombreuses sources d’information au Nord.

A noter que le style journalistique anglo-saxon est radicalement différent du style « latin », puisqu’il distingue très clairement le factuel de l’opinion dans la présentation des journaux, bien que la distinction tend à s’estomper du fait du sensationnalisme[3].

Les déserteurs

Les Nord-Coréens passés au Sud ou en Occident constituent des sources privilégiées d’information. Ils écrivent souvent des livres avec des chercheurs ou des écrivains pour donner un acompte précis et personnel de la vie en Corée du Nord.

Les articles scientifiques et publications d’organisations internationales

Enfin, l’une des sources premières d’information demeure les recherches des sciences sociales et des organismes internationaux tels que l’ONU ou la FIDH, pour lesquels les chiffres sont les moins réfutables possibles.

Il existe donc une abondance de sources pour comprendre la Corée du Nord, même si le décryptage et le déliage du faux et du vrai est un exercice permanent.

La Corée du Nord dévoile Arirang, le premier smartphone local

17 Août

Image

L’agence centrale de presse nord-coréenne a révélé, à l’occasion de la visite de Kim Jong-Un à l’usine du 11-Mai, la fabrication d’un « téléphone tactile » dont la technologie aurait été entièrement élaborée par en Corée du Nord.

Le téléphone, baptisé « Arirang » du nom de la chanson populaire coréenne, ressemble à un smartphone classique, avec un système d’exploitation prenant en charge diverses applications à installer.

Les observateurs occidentaux et sud-coréens sont sceptiques quant à l’authenticité de la technologie coréenne. Un expert sud-coréen a noté l’absence de composants sur les photographies données par l’agence de presse nord-coréenne. De plus, le téléphone fonctionnerait sur une version altérée d’Android, le système d’exploitation libre de droits de Google.

La Corée du Nord a déjà produit une tablette tactile à l’image de l’iPad d’Apple. 94% des Nord-Coréens sont couverts par un réseau 3G (dénommé « Koryolink »), tandis que seuls 15% du territoire le seraient. Le réseau a été développé avec l’entreprise égyptienne Orascom. Deux millions de personnes auraient déjà souscrit à l’opérateur Koryolink en avril 2013[i]. L’accès à Internet est restreint à une poignée d’officiels du gouvernement, tandis que les Nord-Coréens ont accès au Kwangmyong, réseau fermé propre au pays.

Selon Kim Jong-Un, la fabrication de téléphones basé sur une technologie nationale doit « instiller la fierté nationale et le respect du peuple coréen pour lui-même », d’après l’agence de presse.

Lisez ici la dépêche de l’agence de presse nord-coréenne :

http://www.kcna.co.jp/item/2013/201308/news10/20130810-20ee.html


[i] http://www.bbc.co.uk/news/technology-22308353 « North Korea embraces 3G service ». BBC. 26 April 2013.