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Deux Corées plutôt qu’une – 1ère partie

22 Août

Personne n’ignore la division de la Corée en deux, mais nombreux sont ceux qui ne connaissent pas les circonstances et les tenants de cette division. Bonjour Pyongyang va s’employer à effectuer une brève piqûre de rappel.

De l’Empire coréen à la colonie japonaise

Les empires europeéns se partagent la Chine
Affiche du Petit Journal, 1898

Les tensions politiques internes à la Corée mènent à un coup d’Etat qui échoue en 1884 et accentue l’influence de la dynastie chinoise Qing sur la péninsule, avec des garnisons chinoises qui y stationnent. Toutefois à la suite de la guerre sino-japonaise qui s’achève en 1895, la Chine reconnaît la pleine indépendance de la Corée qui jusqu’alors avait des rapports similaires aux liens féodaux.

En 1897, le royaume de Joseon[2] devient empire et entame une modernisation rapide. Mais en 1905, les Japonais forcent la main des dirigeants coréens et signent le traité d’Eulsa, qui place la Corée sous protectorat japonais. Le Japon cherche à formaliser sa sphère d’influence en Asie de l’Est.

En 1909, An Jung-geun, un militant indépendantiste coréen, assassine Ito Hirobumi, résident-général japonais en Corée. Les Japonais interdisent toutes les organisations politiques, et en 1910, annexent la Corée[3]. La Corée devient un territoire de l’empire du Japon[4]. Le nationalisme coréen se mêle au fort sentiment anti-japonais.

L’occupation japonaise

En 1919, un gouvernement en exil de la Corée est créé à Shanghaï. Tout au long des années 1910 et 1920, des manifestations et émeutes anti-japonaises secouent le pays. En représailles, le Japon accentue sa répression, avec le renforcement de la loi militaire en 1931. Le shinto devient religion obligatoire, la langue coréenne est supprimée de l’enseignement. Les traditions et la culture coréennes sont fortement réprimées par les Japonais.

En 1931, le Japon envahit la Mandchourie voisine. Des dizaines de milliers de Coréens sont enrôlés dans l’armée impériale tandis que les femmes sont forcées à la prostitution en tant que « femmes de confort » pour les soldats.

Le Japon déclare une nouvelle fois la guerre à la Chine le 7 juillet 1937, manquant le démarrage de la Seconde guerre mondiale en Asie. Des millions de Coréens[5] doivent travailler dans l’archipel du Japon.

Le Japon recule dès le début de 1943. L’intervention américaine sur le front pacifique fait peu à peu perdre la guerre à l’armée impériale, et les bombes atomiques des 6 et 9 août 1945, le Japon est à bout de souffle.

Le 38e parallèle

Au 9 août 1945, la Corée est toujours contrôlée par les troupes japonaises. C’est le jour où les Soviétiques démarrent l’invasion de la Mandchourie, qui a notamment pour objectif d’encercler les troupes japonaises.

Le 38e parallèle divisant la Corée de 1945 à la guerre

Le 10 août 1945, deux jeunes officiers américains, Charles Bonesteel et Dean Rusk, doivent définir une zone d’occupation américaine pour la Corée. Complètement impréparés et travaillant dans l’urgence, ils choisissent le 38e parallèle car il sépare grosso modo le pays en deux et laisse Séoul la capitale d’alors dans la zone sud sous contrôle américain[6]. Il s’agit donc d’une ligne parfaitement droite et donc artificielle. Les Soviétiques acceptent cette ligne et démarrent alors l’offensive contre les Japonais[7].

A la fin du mois d’août les troupes de l’offensive ne parviennent toutefois pas à entrer très loin en Corée : au sud de la rivière Yalu (frontière entre la Corée et la Chine), il est difficile de ravitailler les troupes même par voie aérienne. Les troupes déjà en Corée contrôlaient déjà le territoire du nord de la Corée. Les troupes soviétiques s’arrêtent, comme convenu avec les Américains, au 38e parallèle.

Douglas MacArthur

Le Japon capitule le 2 septembre 1945. Le général MacArthur, commandant suprême des forces alliées en Pacifique, déclare dans l’ordre général n°1 (General Order No. 1[8]) que les troupes japonaises au nord du 38e parallèle se rendront aux forces soviétiques, tandis que celles au sud se rendront aux Américains. Ce qui entraîne de facto la création de deux zones d’occupation.

 

 

 


[1] https://plone.unige.ch/art-adr/cases-affaires/affaire-manuscrits-coreens-2013-france-et-coree-du-sud-1 Dossier de l’Université de Genève concernant les manuscrits coréens « ramenés » en France et restitués en 2011

[2] Qui donna son nom à la Corée moderne, cf. l’article de Bonjour Pyongyang sur le nom de la Corée

[3] http://en.wikisource.org/wiki/Japan-Korea_Annexation_Treaty Traité d’annexion de 1910 (en anglais et en français)

[4] http://www.jstor.org/stable/2186806 The Annexation of Korea to Japan, The American Journal of International Law , Vol. 4, No. 4 (Oct., 1910), pp. 923-925

[5] Le nombre exact fait l’objet de conflits mais il s’agit de l’ordre de grandeur

[6] Captive of the Cold War: The Decision to Divide Korea at the 38th Parallel, James I. Matray, Pacific Historical Review, Vol. 50, No. 2 (May, 1981), pp. 145-168

[7] il s’agissait d’une ligne de démarcation choisie par le Japon en 1896 qui informa la Russie d’une éventuelle séparation de la Corée passant sous la coupe des deux empires (le Japon ayant battu la Russie en 1905, l’idée passa à la trappe). Staline souhaitait en outre maintenir de bonnes relations avec Truman sur la question du Japon.